Lycée Robespierre - Arras
Avenue des fusillés - BP 50911 - 62022 ARRAS Cedex
Un long héritage...
XVIIème - XVIIIème siècle
L'ancien lycée de garçons
Le nouveau lycée
Bibliographie
XVIIème - XVIIIème siècle
Copyright 2011-2012, tous droits réservés
Créateur du site internet : Romain PLACE
Webmaster : Thierry WIART
Les prémices : le collège dirigé par Antoine Meyer

Le 23 août 1561, les autorités échevinales décident d’établir un Collège à Arras. Cette délibération nous apprend par ailleurs qu’il n’y avait jamais eu aucun Collège à Arras auparavant.
Les tractations étaient déjà très avancées puisque dès le lendemain, 24 août 1561, Antoine Meyer, originaire de Cambrai, est installé régent principal dudit collège. Les religieux de l’abbaye de Saint Vaast sont partie prenante de cette création puisqu’ils supportent une partie des frais et qu’ils ont un droit de regard sur l’enseignement.
L’établissement se situait rue aux Ours et avait été acheté par la Ville. Antoine Meyer resta à son poste jusqu’à son décès en 1597. Son fils Philippe Meyer lui succéda dans la charge.
Le succès de l’entreprise d’Antoine Meyer semble avoir été limité, d’autant plus qu’un concurrent autrement plus redoutable avait fait son apparition et qu’il semblait répondre à toutes les exigences de l’enseignement d’alors : les Jésuites.

Les Jésuites à l’origine du collège d’Arras

La Compagnie de Jésus est un ordre de clercs réguliers fondé en 1540 par Ignace de Loyola ; on appelle ses membres les Jésuites. Les Jésuites professent les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance auquel ils associent un vœu supplémentaire qui leur est propre, celui d’obéissance au pape.
Les Jésuites jouèrent un rôle important dans la Contre-Réforme catholique ; ils furent le fer de lance de la lutte contre le mouvement protestant. En Europe leur apostolat se concentra essentiellement dans le domaine de l’enseignement.
Le premier collège ouvert par la Compagnie de Jésus fut celui de Rome en 1551. Le premier collège ouvert en France fut celui de Paris en 1580. La rigueur de la formation des Jésuites en faisaient des maîtres très recherchés.
Les Pays-Bas espagnols, auxquels l’Artois appartenait alors, avaient été gagnés par les idées de la Réforme protestante. Les provinces du Nord (Pays-Bas actuels) faisaient même sécession en 1579. L’Artois était en première ligne dans la défense du catholicisme et devint un territoire de prosélytisme pour les Jésuites.
Les Jésuites arrivèrent à Arras en 1600, ils fondèrent le collège d’Arras le 8 avril 1603, grâce aux libéralités de l’abbé de Saint Vaast, Philippe de Caverel qui finança le projet.

Les premières années

À l’ouverture des portes, le nouveau collège des Jésuites, tant attendu, accueille 200 élèves, à la fin de l’année scolaire, ils sont 350. La capacité d’accueil des bâtiments primitifs est dès lors insuffisante, la Compagnie de Jésus se met rapidement en quête d’un nouvel endroit pour installer « un collège digne de la capitale de l’Artois » selon Philippe de Caverel, abbé de Saint-Vaast qui aida les Jésuites dans leur installation. Vingt et une maisons sont alors achetées à l’angle de la rue des Capucins et de l’actuelle rue du Collège. Elles sont détruites pour laisser place à un ensemble conventuel étendu, vaste et aéré. Les travaux durèrent de 1604 à 1609. C’est l’actuel hôtel de l’Univers.


Le collège des Jésuites, d’après le plan relief visible au musée d’Arras
et l’actuel Hôtel de l’Univers d’après une vue aérienne.

Les Pères, suivant les instructions de l’Échevinage, doivent « s’employer à la prédication, promouvoir l’usage des sacrements et rechercher, avec la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes, la splendeur de la ville d’Arras et l’utilité des lieux circonvoisins ».
De la classe des rudiments à la classe de rhétorique les élèves sont répartis en six classes. Humanités, dialectique, théologie, philosophie sont alors les matières enseignées. Les Jésuites forment les cadres de la société civile. Les élèves sont bientôt soixante par classe, et les Jésuites cherchent à dédoubler le plus de cours possibles. Le problème des classes surchargées ne date pas d’hier.

1640 : la prise d’Arras

Un état de guerre quasi-permanent oppose la France à l’Espagne entre 1635 et 1678, la France annexe petit à petit l’Artois, la Flandre, le Hainaut et le Cambrésis et acquiert ainsi la frontière que nous connaissons encore maintenant entre notre pays et la Belgique.
Le conflit, qui secoue notre région est un des aspects de la guerre de Trente Ans, grande guerre politiques aux ferments religieux qui opposait empereurs, rois et princes protestants aux catholiques. Par son intervention, la France de Louis XIII y voyait le bon prétexte pour lutter contre le pouvoir des Habsbourg qui régnaient non seulement sur l’Allemagne, mais aussi sur l’Espagne
En ce qui nous concerne, Arras après un siège de deux mois, se rend le 9 août 1640.
Au niveau du collège, les Jésuites wallons sont chassés et remplacés par des Jésuites d’origine française, car les Jésuites wallons « pratiquaient des sentiments hostiles à la France » selon un rapport de l’époque. Ce sentiment d’hostilité était d’ailleurs largement partagé par l’ensemble de la population arrageoise.

Splendeur et décadence des Jésuites

Les premiers temps furent difficiles pour les Jésuites français qui durent patienter une vingtaine d’années avant de conquérir le cœur de la noblesse et de la haute bourgeoisie arrageoise qui pratiquaient ainsi une « résistance passive à la conquête française ». Le collège connut à cette époque une phase de déclin. En 1660, il n’y avait plus que neuf prêtres au lieu de quatorze en 1641. Le nombre des élèves diminuait alors également.
Ce désamour ne dura pas et le XVIIIème siècle fut marqué de leur enseignement. Les Jésuites assurèrent pendant plus d’un siècle la formation intellectuelle de l’élite bourgeoise et nobiliaire de la capitale de l’Artois. En se côtoyant, les élèves qui y étaient formés constituaient ainsi dès leur plus jeune âge un réseau de relations, qui leur deviendrait fort utile dans leur vie professionnelle, et un réseau de sociabilité intellectuelle.
Leur ouverture sur la vie culturelle locale et la rigueur de leur enseignement valurent aux Jésuites, reconnaissance de la part de leurs anciens élèves et respectabilité sur le plan local. Le collège apparaît comme la référence intellectuelle arrageoise et le creuset du savoir.
Le Collège connut à cette époque un accroissement considérable par les libéralités prodiguées par les habitants et les dons et legs qu’il recevait. Le collège était devenu le propriétaire de nombreuses terres et domaines et son capital était d’importance.
Seul à s’élever contre la Compagnie de Jésus, Guy de Sève de Rochechouart, évêque très austère d’Arras de 1670 à 1724, n’aura de cesse de leur reprocher leur liberté de pensée et surtout certaines pièces de théâtre où il était ridiculisé par les élèves.
La puissance des Jésuites commençait à inquiéter à la Cour. Le 6 août 1762, le Parlement de Paris rendit l'arrêt qui prononça la suppression des Jésuites. Cet arrêt est motivé ainsi que suit : « Les Jésuites sont reconnus coupables d'avoir enseigné en tout temps et persévéramment, avec l'approbation de leurs supérieurs généraux, la simonie, le blasphème, le sacrilège, la magie et le maléfice, la superstition, l'impudicité, le parjure, l'astrologie, l' irréligion de tous les genres, l'idolâtrie, le faux témoignage, les prévarications des juges, le vol, le parricide, l’homicide, le suicide, le régicide ; le catalogue n’est pas complet»
Le Conseil d’Artois tenta de s’opposer à la mesure, certes pour affirmer ses privilèges institutionnels, mais aussi par attachement. Certains parmi ses membres étaient d’anciens élèves. Mais ce soutien ne suffit pas, le Conseil d’Artois dut s’effacer devant le Parlement de Paris et les Jésuites furent forcés de partir.


Les prêtres séculiers

Les Jésuites partis, la municipalité confie le Collège à des prêtres séculiers. Cette parenthèse, ouverte de 1762 à 1777, ne semble pas avoir interrompu les liens entre le Collège et la ville. Le père Monlien de la Borère, nouveau principal, devient membre puis directeur de l’Académie d’Arras.
Le départ des Jésuites a par ailleurs permis de lancer une réflexion sur l’éducation. Un débat s’ouvrit sur l’opportunité de revenir ou non à un enseignement congréganiste, des participants plaidèrent en faveur d’une laïcisation de l’enseignement secondaire arrageois.
Pourtant en 1775, le Conseil d’administration du Collège décide de faire appel aux Oratoriens.

Les Oratoriens

La congrégation de l’Oratoire de Jésus fut fondée en 1611 par Pierre de Bérulle, sur le modèle de l’Oratoire de l’Amour Divin créé par Philippe Neri en Italie. Même s’ils vivent en communauté, les Oratoriens ne sont pas des moines, ils ne prononcent pas de vœux. Leur tâche consiste à instruire de futurs prêtres, mais aussi l’élite sociale des villes où ils sont implantés.
L’expulsion des Jésuites de France, si elle fut une aubaine pour la congrégation de l’Oratoire, fut cependant délicate à gérer vu le nombre d’établissements qui firent appel à eux pour éviter la fermeture. Pour faire face à la demande, les Oratoriens durent recruter de nouveaux professeurs laïques qu’ils n’avaient pas eu le temps de former parfaitement à leurs exigences.
Les Oratoriens étaient les concurrents directs des Jésuites dans l’enseignement supérieur du XVIIIè siècle. Leurs méthodes considérées à l’époque comme plus modernes laissaient une large part aux matières scientifiques et aux expériences dans la droite ligne de l’Encyclopédie. À Arras, à partir de 1777, sous l’influence du père Spitallier de Seillans, les Oratoriens relèvent le niveau du collège et participent à la diffusion des « idées nouvelles ».
Parmi les professeurs qui enseignèrent au collège d’Arras avant la Révolution, se détache Joseph Fouché (1759 – 1820), qui joua un rôle important pendant la Convention et le Directoire, avant de devenir ministre de Napoléon qui le fit duc d’Otrante. Fouché enseignait les sciences. Parmi les élèves, on relève les noms de Maximilien de Robespierre et de Joseph Le Bon (représentant en mission du Comité de Salut public, accusateur public du Tribunal révolutionnaire d’Arras en 1794).

Pendant la Révolution

Pendant la Révolution, les informations se font plus rares sur la vie des établissements scolaires arrageois. Le 18 août 1792, l’Assemblée Nationale prescrivit la dissolution des congrégations religieuses qui n’avaient pas encore été inquiétées, en autres les congrégations enseignantes. Le collège survécut encore un an, il est fermé fin décembre 1793, faute d’élèves. Les bâtiments furent vendus comme biens nationaux.
Les Écoles centrales départementales furent créées le 25 octobre 1795 (3 brumaire an IV), à raison d’une par département pour remplacer les collèges d’Ancien régime. Arras n’est pas retenue pour en être le siège ; Boulogne est préférée, la faute à Pierre Daunou, député du Pas-de-Calais, Boulonnais d’origine.


Thierry Wiart.